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Turf-Suisse

Les galopeurs ont repris espoir à Dielsdorf

Si l’annonce fin mai de la reprise des courses de trot le 14 juin à Avenches avait remis du baume au cœur des trotteurs, le temps n’était pas à la fête pour les galopeurs helvètes en cette fin de printemps. Après les interdictions successives des réunions de Fehraltorf, Aarau, Dielsdorf et Frauenfeld (soit près de 2/3 du programme du premier semestre) en raison des mesures sanitaires, le remaniement du calendrier de France Galop provoquant le déplacement au 5 juillet de la seule réunion de galop prévue en juin à Avenches était tombé comme un couperet pour toute une filière. Les craintes sur l’avenir de ce sport déjà fragilisé avant la crise du coronavirus se faisaient de plus en plus présentes. C’est dire si l’annonce de l’hippodrome de Zurich-Dielsdorf de l’organisation d’une réunion de courses sans spectateurs le vendredi 19 juin fut accueillie avec enthousiasme.

Photo : Ueli Wild, horseracing.ch

Sur la piste, Miro Weiss, entraîneur tête de liste depuis de très nombreuses années, a montré qu’il avait parfaitement su maintenir ses pensionnaires en forme durant cette période de confinement en remportant 7 (!) des 11 courses au programme. Mais l’essentiel était bien ailleurs, comme nous l’a confié Anton Kraüliger, Président de la société de courses de Zurich-Dielsdorf : « Beaucoup de propriétaires étaient très déçus de l’annulation des réunions printanières en Suisse-allemande et du report de la journée prévue en juin à Avenches. Il devenait de plus en plus difficile de les motiver à continuer à investir. Plus le temps passait et plus le risque de voir notre sport mourir devenait réel. C’est pourquoi, en concertation avec le Comité de Galop Suisse, nous avons déclaré notre volonté d’organiser une journée de courses sans public ici sur l’hippodrome de Dielsdorf. »

L’absence de public n’a toutefois pas du tout les mêmes implications de chaque côté de la Sarine. Si Avenches est financé essentiellement grâce aux revenus des courses Premium et au retour sur les paris enregistrés par la Loterie Romande, les hippodromes suisse-allemands dépendent presque exclusivement des revenus du sponsoring, des entrées et de la restauration. Alors comment financer des courses à huis clos ? Anton Kraüliger l’explique en toute transparence : « La condition nécessaire pour organiser cette journée était que nous obtenions le soutien des autres hippodromes ayant vu leurs réunions annulées. Ils ont accepté de nous redistribuer une partie des fonds qu’ils auraient dû toucher de l’ADEC suisse-allemande (ndlr : Association pour le Développement de l’Elevage et des Courses qui reçoit un pourcentage des enjeux effectués par les parieurs suisse-allemands sur les courses Premium internationales) pour l’organisation de leurs courses. Galop Suisse a également effectué un gros travail de recherche de fonds auprès de ses propriétaires et a réussi à réunir 55’000 CHF pour les allocations. J’ai personnellement assumé les coûts d’organisation à hauteur de 30’000 CHF. Comme les engagements étaient très nombreux, Mme Annina Widmer et moi-même avons encore apporté nous-mêmes le financement nécessaire pour dédoubler deux courses. Nous avons fait tout cela dans l’urgence mais je crois que c’était vraiment nécessaire pour garder tous les acteurs de notre sport motivés. »

Malgré l’annonce hier après-midi du Conseil Fédéral de l’autorisation des manifestations jusqu’à 1000 personnes dès lundi et une possible levée de toute limite du nombre de personnes dès le mois de septembre, le programme à venir n’est pas encore très clair, Aarau, Frauenfeld et Maienfeld ne s’étant pas jusque-là pas prononcés sur la tenue ou non des réunions prévues ces prochaines semaines. Pour autant, l’horizon des courses en Suisse-allemande s’éclaircit : « Nous voulons absolument offrir au moins un programme minimum aux propriétaires qui leur permette de voir leurs chevaux courir. L’hippodrome d’Avenches va rouvrir le 5 juillet et c’est une très bonne chose, mais contrairement aux trotteurs 80% des galopeurs sont entraînés en Suisse-allemande. Rien que sur notre hippodrome nous avons 75 chevaux à l’entraînement. Ces chevaux doivent pouvoir courir près de chez eux. C’est pourquoi nous organiserons encore trois journées à Dielsdorf cette année, peut-être même une quatrième encore si les autres hippodromes déclarent forfait. Nous avons des sponsors exceptionnels qui nous ont déjà assuré qu’ils reporteraient leur soutien prévu lors de la réunion annulée du 17 mai sur les réunions à venir. Nous n’abandonnons pas non plus le programme classique. S’il n’y aura pas de Prix de Diane cette année, un Prix d’Eté doté de 10’000 CHF sera organisé en août et le Jockey-Club aura quant à lui certainement lieu mais avec une dotation plus faible (ndlr : 100’000 CHF en 2019). Nous sommes également prêts à reprendre le Derby s’il n’a pas lieu à Frauenfeld. »

L’absence de public aura même permis d’innover avec la mise en place d’un système de streaming de grande qualité qui aura permis à tous les passionnés de suivre la réunion en direct et à distance (à revoir ici). De quoi peut-être préfigurer une éventuelle et très attendue prise de paris à distance sur les réunions PMH ? Quoi qu’il en soit, l’énorme élan de solidarité qui s’est créé autour de cette réunion exceptionnelle en tous points est à même de prouver à ceux qui en doutaient qu’il existe encore des hommes et des femmes prêts à se battre pour la survie et le futur du sport hippique en Suisse. C’est ce message d’espoir, fort et positif, que nous retiendrons après plusieurs mois très difficiles.

Bastien Veuthey


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