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Turf-Suisse

Fin de carrière pour Swedishman: la Suisse perd son roi

Diminué par la maladie de Lyme, Swedishman était le grand absent des courses suisses depuis la reprise de la saison. Si l’espoir subsistait de le revoir un jour en piste, le verdict de nouveaux examens vétérinaires est sans appel: victime d’une fissure au boulet, le crack aux plus de 50 victoires doit mettre un terme à sa carrière.

C’est avec beaucoup d’émotion que Patricia Felber, qui gère sa destinée depuis son arrivée sur notre sol, nous a appris la nouvelle. Il faut dire qu’ensemble ils auront vécu une grande aventure: 33 courses disputées pour 22 victoires, 3 fois lauréat du Circuit National du Trot avec 17 succès d’étapes, 2 titres de Champion Suisse, 1 Swiss Champions Race, 1 Prix de Vitesse ou encore 1 Trophée Vert.

Marque des grands champions, Swedishman savait tout faire. Il était impérial aussi bien sur le sable que sur l’herbe, aussi à l’aise à droite qu’à gauche, a brillé sur les parcours de longue haleine comme sur le mile, a dégoûté ses adversaires au train en prenant tête et corde comme en les laissant sur place dans la ligne droit après avoir attendu.

Photo: Scarlett Schär

Mais la grande force de Swedishman fut surtout de posséder un mental hors du commun, comme le souligne Patricia Felber: « Il prenait un plaisir énorme en course. Je n’ai jamais été dure avec lui, tout ce qu’il faisait, il le faisait par envie. Parfois il pouvait être mou en début de parcours, puis tout d’un coup il prenait de lui-même le mors et s’enclenchait. À l’entraînement c’était pareil. Il n’était plus tout jeune mais dans sa tête il a toujours gardé la joie de vivre d’un poulain. »

Si Swedishman a tout gagné en Suisse, sa carrière française fut également exceptionnelle. Elevé par Gaylor Chaudemanche, le fils de Gogo et Volgana s’est plaisamment qualifié au mois de mai de son année de 3 ans et a débuté sa carrière par une 3e place sur l’hippodrome de Cherbourg, alors entraîné par Hervé Daougabel, montrant déjà une certaine qualité. Après plusieurs podiums, il ne lui aura fallu attendre que sa sixième sortie pour décrocher le premier titre de son riche palmarès, s’imposant à Graignes pour l’entraînement de Benoît Blanchet, avec un certain Jules Lepennetier au sulky.

Mais c’est surtout sous l’entraînement de Thierry Duvaldestin, chez qui il est arrivé au printemps de ses 4 ans, que sa carrière prit une autre dimension. Après des succès à Rambouillet et Enghien, le voilà qui réalisait l’exploit de remporter pas moins de 3 courses lors du meeting d’hiver 2010-2011. Il décrochait son premier Quinté sur la cendrée parisienne en avril 2012, avant de se classer 2e entre Soléa Rivellière et Real de Lou pour sa première tentative au niveau Gr.III sur l’hippodrome de Reims. Il n’allait toutefois pas devoir attendre bien longtemps avant de s’imposer à ce niveau, décrochant son premier Gr.III à Amiens en mars 2013, année où il remporta le Grand National du Trot. À l’automne 2014, il connaissait la consécration au niveau Gr.II en éblouissant de sa classe le 37e Grand Prix du Sud-Ouest, laissant sur place Roi du Lupin et Timoko.

À l’âge de 10 ans, il n’avait encore rien perdu de son éclat puisqu’il remporta haut la main le Tour Européen du Trotteur Français en enlevant les étapes d’Avenches, Son Pardo et Gelsenkirchen. Il faisait ses adieux à la France le 30 décembre 2016 par une dernière victoire en amateurs dans le temple du trot avec Christophe Roszak, avant de s’envoler pour la Suisse avec la réussite qu’on lui connaît.

Au final, Swedishman aura remporté 53 courses dans 4 pays européens différents, dont 4 Gr.II et 7 Gr.III, et engrangé plus de 1’500’000 CHF (environ 1’250’000 €) de gains. Il aura également réussi l’exploit de remporter au moins une course chaque année, depuis ses débuts en compétition à 3 ans jusqu’à sa dernière année d’activité à 13 ans, signe de sa longévité et de sa régularité. Il se sera hissé au panthéon des meilleurs hongres français de l’histoire et aura marqué à tout jamais l’histoire du trot helvétique. Le mot de la fin sera pour Patricia Felber, son entraîneur, son driver et son ange gardienne depuis son arrivée en Suisse: « C’est le cheval de ma vie. J’ai eu de bons chevaux, de très bons chevaux même dans ma carrière, mais lui c’est encore autre chose, il est dans une autre dimension; c’est un crack, tout simplement. J’ai vécu tellement de grands moments avec lui, ce fut un plaisir immense de participer à son histoire. Bien sûr, ça fait mal que ça se termine ainsi, j’aurais souhaité une autre fin. Mais je suis tout de même soulagée qu’on ait pu identifier ce problème avant de faire des bêtises. Il pourra ainsi avoir la retraite qu’il mérite. Il va rester chez moi, on continuera à faire ensemble les balades en forêt qu’il aime tant, il sera heureux… »


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